Buletinul "Calea de lumina"
AN VI, nr. 67-68, NOVEMBRIE - DECEMBRIE 1999
L'EGLISE d'ARBORE - une vision insolite -
De proportion plus réduites, au pronaos faiblement éclairé, au naos nanti de grandes
fenêtres mais dépourvu de tour, car c'était une bâtisse simplement seigneuriale et non
point princière, l'église d'Arbore (1503) conserve elle aussi des fresques extérieurs
d'une incomparable beauté artistique.
A l'encontre de Voronet, où prédomine le bleu, la couleur souveraine, à l'église
d'Arbore est le vert : un vert en cinq nuances, combinées au rouge, au bleu, au jeune,
chaque nuance différemment éclairée, les tous plus sombres composant un monde insolite
d'ombres et de lumières.
La partie la plus remarquable de la peinture orne cependant le mur ouest et les
contreforts. C'est une succession de petites scènes telle des miniatures déployées sur
huit registres : des scènes de la Genèse et de la Vie de Saints.
Le dessin en est plein de verve et de délicatesse, les visages respirent le mouvement,
les citadelles et les édifices sont suggérés en perspective.
Le coloris, d'une rare harmonie, s'enrichit de nuances nouvelles avec la lumière mouvante
du soleil.
À vrai dire, la gamme des nuances est infinie : le vert olive, le bleu saphir et le bleu
métallique, le rouge foncé passe au rouge cendré, le jaune d'or tire sur l'ocre, le
gris se fond dans un rose délicat.
Les personnages sont vivants, gracieux, leurs joues sont empourprées d'un rose chaud, les
vêtements aux drapés amples ont une rare élégance.
Les Saints ont des mouvements de ballerine, leurs pas sont feutrés, élastiques.
Un détail intéressant : dans la cour de l'église d'Arbore sont conservées (depuis le
temps où elles fut peinte) deux lourdes dalles dans lesquelles sont creusés 15 petits
enfoncements qui servaient à la préparation des couleurs, preuve de la richesse de la
palette des peintres moldaves.
Ministère du Tourisme,
Cinq monuments historiques et d'art féodal de Bucovine, Bucarest, 1993