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AN IV, nr. 39 - 40, IULIE - AUGUST 1997

SUMAR :

Adormirea Maicii Domnului
La vie spirituelle des roumains (M. Eliade)
Reflectii la declaratiile unui Patriarh (D. Cruga)
Stiri din lumea ortodoxa (Z. Vasiliu)
Biserica, leagan al credintei si culturii (E. Neacsu)
Congres ARA - Târgoviste
Binecuvântarea primului zbor JARO
(G. Oseciuc)
"Dati un dolar pentru un nou Altar !"
Din activitatea Misiunii
Cele zece fecioare (M. Iorga)
Puncte de vedere (Al. V. Lungu)
Bucataria de post (G. Iorga)
Pagina noului venit (M. Dumitriu)
Sinaxar : Schimbarea la Fata
Aniversare Val David

LA VIE SPIRITUELLE DES ROUMAINS

LE CHRISTIANISME

Comment expliquer «le miracle historique» de la survivance d'un peuple de culture et langue latine à travers les innombrables invasions et entouré de nations et des races diverses (finno-ougrienne, comme les Hongrois, les Tatares et les Turcs ; slave, comme les Bulgares, les Serbes, les Polonais et les Russes). Plusieurs raisons expliquent cette vitalité incomparable. Le première est l'amour du peuple roumain pour sa terre ; ses ancêtres n'ont pas été nomades. Un peuple qui a des racines si profondes dans la terre où il habite préfère plutôt mourir que l'abandonner. La deuxième est la foi chrétienne du peuple roumain. Attaqués sans arrêt par les barbares et les païens, les Roumains n'ont rien perdu de leur force car ils luttaient pour leur religion. En roumain «chrétien» signifie «Roumain». Leurs premières institutions politiques et administratives sont nées au sein de l'Eglise. Pour les Roumains, la foi chrétienne a toujours représenté la clef de voûte de leur existence morale et physique.
Il faut également souligner le rôle des montagnes et de forêts, refuges séculaires devant les invasions. En outre, la structure rurale de la société roumaine supportait mieux que d'autres les destructions et les calamités. C'est grâce à cette structure rurale que les voïévodes roumains ont pu avoir à leur disposition une armée relativement nombreuse. Il ne faut pas oublier aussi le génie militaire de voïévodes qui faisaient de véritables prouesses avec quelques milliers de combattants seulement. D'ailleurs, le génie politique de ces prices a contribué en grande partie à conserver l'indépendence du pays.
Une vie en proie à tant de périls et une histoire si dramatique devaient imprimer des caractéristiques particulères et profondes dans l'âme du peuple roumain. Car il y a une grande différence entre un peuple qui a beaucoup souffert sans pour autant jamais perdre son espérance et un autre qui n'a connu les malheurs que par intermittence. Les traits dominants de l'âme roumaine sont la bonté, la tolérance et l'hospitalité. Celui qui a tant souffert à cause de l'intolérance et de la cruauté des autres se protège et se purifie en cultivant des vertus contraires. «Le paysan roumain est l'homme le plus tolérant d'Europe» écrivait Lucien Romier. Sir Ernest Baker, recteur de «Kings' College», nommait la tolérance roumaine «hollandaise». «Ce qui m'a le plus impressionné c'étaient la bonté et l'hospitalité roumaines», écrivait le romancier allemand Hans Carossa. «Les deux sont proverbiales. Je n'ai connais aucun peuple plus hospitalier que le peuple roumain.» Des gens qui, pendant des siècles, ont été obligés d'errer à travers bois, de voir leurs maisons détruites et leurs champs dévastés, comprennent mieux ce que vaut l'hospitalité.
On ne peut pas comprendre l'âme roumaine, ni l'histoire du peuple roumain sans connaître son christianisme. J'ai volontairement souligné ce mot. Le Logos est un et indivisible, mais la condition humaine l'interprète selon ses moyens qui sont précaires et variables. Le corp mystique du Christ est son Eglise ; mais l'Eglise appartient aussi à l'histoire qui s'écoule constamment et modifie sans cesse les formes. Le christianisme du IVe siècle n'est pas, ni ne saurrait être, le même que celui du XVe ou XXe siècle. Le christianisme des Roumains ne peut être identique à celui des Suédois ou des Russes. Les divergences dogmatiques, si elles existent, mises à part, c'est l'heritage d'une tradition et d'une expérience historique qui intervient.
Les Daco-Romains ont été le premier peuple, au nord du Danube, converti au christianisme. Ils se sont convertis - ils n'ont pas été bâtiser en vertu d'un ordre ou par la force, comme les barbares - dès le IIe siècle. Dans leurs christianisme on remarque un double héritage : rural et culturel. Des Géto-Daces ils ont conservé le mépris de la mort, la croyance dans l'immortalité de l'âme, la sérénité devant la souffrance; des Romains ils ont assimilé le respect de l'ordre et de la hiérarchie, l'équilibre spirituel et le manque de fanatisme. C'est facile, en effet, d'identifier toutes ces attitudes dans le christianisme des Roumains car ils ne sont ni fanatiques, ni ne se laissent entraainés par les courants ténébreux d'un mysticisme nébuleux. Quoique orthodoxes, ils n'ont jamais connu les disputes théologiques des Byzantins, ni les sectes mystiques dérivées du chaos spasmodique de l'âme slave. Leur foi chrétienne a également évincé les excès de la casuistique abstraite ainsi que la vague monstrueuse de l'hérésie «excessivement concrète», parfois sous des formes raspoutiniennes évidentes.
Ce qui étonne quand on étudie la vie religieuse des Roumains c'est le naturalisme de sa foi chrétienne: anima naturaliter christiana. Une croyance qui transfigure le Cosmos sans pour autant le détruire ou le répudier. Une vision totale de l'Univers qui n'est pas pessimiste, puisque le bien finit toujours par triompher du mal. Tout ce que existe dans le Cosmos participe au drame de La Redemption par La Passion. C'est en vertu de ces passions que les arbres donnent des fruits, que les animaux allaitent leurs petits, que la mère berce son nourrison etc. Le monde entier obéit à un unique principe directeur: celui de l'ordre et de l'harmonie. Grâce à ce principe, à la fois cosmologique et moral, tout se trouve en connexion dans l'univers, tout ce qui existe démontre une solidarité entre tout les niveaux de la réalité. Le pricipe de l'ordre et de l'harmonie n'est pas inhérent aux choses, il appartient à Dieu. Autremant dit : c'est une manifestation extérieure du Logos divin. Grâce à cette croyance en Dieu omniprésent, en vie et en histoire, les Roumains, dans leur passé tragique, n'ont jamais commis le péché de désespoir. Ils ont toujours nourri l'espoir que finalement le bien triompherait du mal.

Mircea Eliade
«Les Roumains précis historique»
Ed. «Roza vânturilor», Bucuresti, 1992


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