Prof. Dr. Dan Fornade

CITADELE ROMANESTI DIN SUA SI CANADA

ROMANIAN CITADELS IN USA AND CANADA

DANWAY PUBLICATIONS


LES ROUMAINS AU CANADA

d'Aura Fornade

LES DÉBUTS
L'histoire de l'immigration roumaine au Canada ressemble, jusqu'à un certain point, à l'immigration roumaine aux États Unis. Dans les deux cas, les provinces roumaines qui ont fourni des candidats à l'immigration ont été la Bucovine et la Transylvanie, auxquelles on rajoute, dans le cas du Canada, le Dobroudja.
Les motivations sont les mêmes: un mélange de raisons d'ordre politique et social, ainsi que d'ordre économique et démographique. La pauvreté, causée par le manque de terre, relié à un taux élevé de natalité, les échos venus d'outre-mer sur l'installation des immigrants dans le Nouveau Monde, donnent un essor aux nouveaux départs vers la terre promise.
Ce qui fait la différence entre les destins des Roumains partis en Amérique du Nord au début de l'immigration, et qui va marquer, par la suite, leur spécificité c'est que les Roumains partis pour le pays de la Statue de la Liberté se sont dirigés, particulièrement, vers de grands centres industriels (Chicago, Détroit, New York), tandis que les Roumains arrivés au Canada sont partis vers les terres presque inhabitées qui deviendront, par la suite, de grandes régions agricoles (Saskatchewan, Alberta, Manitoba).
La première vague d'immigrants au Canada s'est produite entre les années 1882 et 1918. La grande majorité des roumains était des agriculteurs, sans instruction, amis vaillants et décidés à se bâtir une vie meilleure par la force de leurs bras. Afin de ramasser les sommes nécessaires à l'acquisition de leurs outils agricoles, ils ont travaillé dans la construction des chemins de fer.
Ils ont fondé des villages aux noms à consonance roumaine: Boian ou Ispas, en Alberta. D'autres, après avoir ramassé assez d'argent ont quitté les villages pour les villes: Régina, Limerick, Dysart, Kayville, Flintoft, Canora au Saskatchewan, Inglis au Manitoba.
La même période marque les premières présences roumaines au Québec, particulièrement à Montréal où, en 1908, il y avait 80 Roumains.

LA DEUXIÈME VAGUE
Bien que d'une manière pratique on ne saurait pas parler de vagues d'immigrants roumains, par rapport à d'autres peuples, la Roumanie a constitué une source de migration entre 1918 et 1939.
Vers 1931, le nombre des Roumains au Canada s'élève à 30000 âmes. Il va sans dire que la crise qui affectait le système économique mondial de 1929 à 1933 ne pouvait pas aider le Canada à accepter de nouveaux immigrants. Par conséquent, jusqu'à la fin de la deuxième guerre mondiale, la population canadienne d'origine roumaine semble diminuer et nous y retrouvons, au début des années quarante, seulement 25000 personnes.

LA TROISIÈME VAGUE
À la fin de la deuxième guerre mondiale, par les bouleversements qu'elle a produit - on se trouve face à une forte migration internationale.
Les Roumains n'en échappent pas et, cette fois-ci, ils vont représenter une population migratoire provenant d'autres classes sociales que les précédentes.

Les damnés de la guerre, les victimes du système instauré en Roumanie par les troupes de l'URSS, avec une certaine collaboration locale, la haine développée par la nouvelle administration, la terreur, la famine, l'extermination physique de plusieurs centaines de milliers de personnes représentant "l'ancien système bourgeois", font du peuple roumain un peuple fuyant sa propre patrie.
Les raisons pour quitter son pays ou de ne pas vouloir y retourner deviennent politiques, religieuses, raciales et sociales.
Ceux qui ont réussi à s'installer au Canada ont pleinement contribué au développement des communautés roumaines, en militant aussi pour la libération de leur pays d'origine.
Cette migration, causée par l'occupation soviétique, constitue un mouvement de survie et de protestation, plutôt qu'un mouvement migratoire naturel, basé sur des facteurs économiques.

LES DERNIÈRES VAGUES
Durant les années '70 et '80, en raison de la guerre froide, une nouvelle vague d'immigrants Roumains allait apparaître.
Cette vague est constituée, surtout, de gens éduqués et cultivés sous le nouveau système. Le refus de continuer à travailler et vivre dans une structure sociale totalitaire constitue la raison qui a justifié le mouvement migratoire durant ces deux dernières décennies.
Les événements de décembre '89 ont renversé le statu quo communiste, mais ils n'ont pas diminué l'hémorragie migratoire. Au contraire, par l'ouverture des frontières, ils l'ont facilitée. Le pays traverse actuellement une terrible crise à tous les niveaux: économique, politique, social et culturel, crise soutenue par la pénurie et la difficile transition vers l'économie libérale. La "démocratie" retrouvée après plus de 40 ans de dictature prolétaire a engendré une corruption plus élargie encore et a multiplié les abus de pouvoir d'une administration partagée entre les anciens et les néo-communistes.
Devant les échecs répétés, subis et ressentis dans tous les domaines d'activité, qui pèsent lourdement sur le sort des plusieurs générations, il y a des Roumains qui ne trouvent plus une autre issue que l'exil volontaire. Ils n'ont plus l'espoir de retrouver la liberté dans leur propre pays, alors ils le fuient et cherchent désespérément une autre terre d'asile, une patrie d'adoption.
Les Roumains ne sont plus les agriculteurs ignorants des années 1900, ils sont en grande partie des intellectuels, munis de diplômes jusqu'au lus haut degré universitaire. Pour le reste, ils sont des artisans et professionnels de tous les secteurs de travail.

LA VIE RELIGIEUSE
Les Roumains immigrants sont, dans la plus grande partie, des chrétiens orthodoxes. En outre, il y a aussi un nombre restreint de gréco-catholiques, de baptistes et de pentecôtaux. À Toronto et Montréal on trouve d'importantes communautés originaires de Roumanie, des Juifs et des Hongrois.
Depuis toujours, l'église a joué un rôle complexe: elle représente non seulement le centre de la vie religieuse, mais aussi son centre social. Avant de fonder des associations et des sociétés d'entre-aide, des écoles et des journaux, tout comme les Roumains des États Unis, les premiers Roumains arrivés au Canada ont fondé des paroisses et des églises. Il convient de rappeler que, malgré le nombre restreint de Roumains établis au Canada, la première église orthodoxe roumaine d'Amérique du Nord a été bâtie à Régina, Saskatchewan, en 1902. Il s'agit de l'église "St. Nicolas".
Il faut aussi signaler que les Juifs roumains ont été les premiers émigrants de Roumanie établis au Canada. Un autre groupe de commerçants juifs de Roumanie se sont établis à Toronto ou à Montréal. Les plus connus sont Pascal et Steinberg, les fondateurs des deux chaînes de magasins.
Les premières églises roumaines étaient des bâtiments modestes, qui reflétaient aussi
bien la condition sociale de ses croyants, que celle de ses prêtres, qui étaient des moines de Bucovine et d'Ukraine. Dernièrement, le nombre d'églises autour desquelles gravitent les institutions de culture augmente; nous signalons le Centre Culturel de Montréal et le Centre Culturel "Mihai Eminescu" de Régina.
D'autres églises roumaines ont été des catalyseurs de la vie spirituelle et sociale des communautés, tel que: l'Église de St.-Apôtres Pierre et Paul de Canora, Saskatchewan,
l'Église Ste. Trinité de MacNutt, Saskatchewan la Cathédrale St. George, de Toronto.
La plus grande église roumaine de l'Est du Canada est l'Annonciation de Montréal, bâtie en 1918 et rénovée en 1972. Depuis 40 ans, à la tête de l'église se trouve le prêtre Petre Popescu qui, à côté de Martinian Ivanovici de Régina et Nicolae Zelea de Hamilton, est l'un des vétérans de l'orthodoxie roumaine de Canada.
Les églises orthodoxes de l'Amérique du Nord appartiennent à deux jurisdictions canoniques: celle de "Vatra" (le Berceau roumain) et "La Missionnaire", la dernière appartenant à la Patriarchie Roumaine avec ses prêtres envoyés par Bucarest.
Du point de vue statistique, en 1991, l'Évêché Orthodoxe Roumain d'Amérique (ayant le siège à Jackson, Michigan) comprenait 15 églises et un centre chrétien-orthodoxe, avec 17 prêtres; L'Archevêché Missionnaire Orthodoxe Roumain des États Unis et du Canada ( ayant le siège à Détroit) dénombre 15 églises, avec 7 paroisses affiliées et 14 prêtres. Il y a aussi deux missions gréco-catholiques et dix églises néo-protestantes.
La tendance des dernières années va vers la multiplication des églises de "Vatra"; on parle même d'un possible unification des deux diocèses métropolitaines dans une église
métropolitaine orthodoxe.

LA VIE SOCIALE
Au début, la vie sociale du village roumain était essentiellement centrée sur l'église. Ce fait favorisa la sauvegarde des valeurs traditionnelles et préserva l'identité ethnique.
La communication réduite avec les autres communautés - à cause de la méconnaissance de la langue anglaise ou française - a considérablement ralenti l'assimilation des premiers immigrants roumains.
Plus tard, les nouveaux arrivés ont été obligés de parachever leur instruction, d'où la nécessité d'apprendre les langues du pays d'adoption. La compréhension des valeurs culturelles canadiennes a accéléré l'intégration de la deuxième et de la troisième génération de Roumains.
Il faut souligner un phénomène intéressant: même si la plupart de descendants des familles roumaines ne parlent plus la langue de leurs ancêtres, ils restent très fiers de leur origine.

LA VIE CULTURELLE
À leur arrivée au Canada, les Roumains ont apporté un vrai trésor culturel et folklorique: chansons, danses, port traditionnel, icônes sur bois et sur verre, artisanat dont ils sont très fiers.
À chaque occasion, lorsqu'il y a une fête, on présente des spectacles avec des chanteurs et des danseurs vêtus au port traditionnel.
Les ensembles folkloriques roumains participent, en collaboration avec les autres groupes ethniques, à la réalisation de grands spectacles.
Aujourd'hui, on remarque l'attitude et la considération des communautés roumaines envers des personnalités d'exception qui se sont établies au Canada, comme Nadia Com
|neci et Gheorghe Zamfir, qui se sont amplement impliqués à la vie de la communauté.

SOCIÉTÉS ET ASSOCIATIONS CULTURELLES
À côté des églises, les associations et les organisations culturelles ont joué un rôle primordial dans la promotion des valeurs et des traditions roumaines au Canada. Parmi celles-ci, il faut citer Graiul românesc (La Langue roumaine) de Windsor, l'Association Culturelle Roumaine de Hamilton, Mihai Eminescu de Régina, l'Association Roumaine
du Canada et la Fédération des Associations Roumaines du Canada, ces deux dernières ayant leurs sièges à Montréal; le Centre Culturel Roumain de Montréal etc.

CONCLUSIONS
Le destin d'une communauté ethnique, greffée sur de nouvelles réalités requiert, d'une part, l'adaptation à un mode de vie différent, et, d'autre part, d'assurer la pérennité de ses propres valeurs.
Ce mélange d'esprit, conservateur et réceptif à la fois, ce dialogue entre deux formes de patriotisme (l'une ayant sa source dans le pays d'origine, l'autre, dans celui d'adoption) définit le statut spécifique, digne de respect, de la communauté roumaine canadienne: d'une part, la loyauté à l'égard de l'histoire nationale et, d'autre part, l'ouverture et la compréhension des valeurs du peuple d'accueil.
On peut avancer que ces traits caractéristiques n'ont pas perdu leurs dimensions pendant ce dernier siècle et ne disparaîtront pas à l'avenir, mais ils contribueront à la diversification de la spécificité roumaine, dans l'éventail multi-ethniques canadien, si propice au maintien de sa propre identité.

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